Peut-on développer l'oreille absolue à l'âge adulte ?

Si vous êtes venu chercher une méthode d’entraînement, la réponse honnête est qu’il n’en existe probablement aucune. Les adultes qui se lancent à la conquête de l’oreille absolue ne l’obtiennent pratiquement jamais, les recherches présentées comme la preuve du contraire sont plus fragiles qu’il n’y paraît, et — c’est le point le plus important — l’oreille absolue n’est pas ce qui vous sépare du jeu à l’oreille. Ce qui vous en sépare, en revanche, s’apprend à tout âge, y compris au vôtre.

Ce qu’est réellement l’oreille absolue

L’oreille absolue est la capacité de nommer une note à l’instant où elle sonne, sans rien à quoi la comparer. Aucun son de référence, aucun instrument, aucun calcul. Une charnière de porte grince et le nom arrive, comme le mot d’une couleur arrive quand on regarde quelque chose de rouge.

C’est rare. Les estimations, dans les populations occidentales, restent bien en dessous d’une personne sur cent. C’est nettement plus fréquent chez les personnes qui ont commencé un apprentissage musical formel très tôt — en général avant six ans environ — et chez les locuteurs de langues à tons, où la hauteur porte du sens dans la parole ordinaire dès les premiers mots qu’un enfant entend. Les deux faits pointent dans la même direction : tout indique que le cerveau assemble cette faculté pendant une fenêtre de la petite enfance, à partir d’une exposition précoce massive, plutôt qu’on ne puisse le convaincre de la construire plus tard.

Pourquoi les promesses d’entraînement pour adultes ne tiennent pas

Des études d’entraînement existent, et elles rapportent bel et bien des progrès. Lisez-les de près et ces progrès s’avèrent très étroits. Les adultes qui s’exercent deviennent meilleurs sur les hauteurs précises qu’ils ont travaillées, jouées avec le timbre sur lequel ils les ont travaillées ; les performances s’effondrent sur les hauteurs non entraînées et sur des sonorités d’instruments inconnues ; l’amélioration s’estompe dès que l’entraînement s’arrête ; et la dénomination reste lente et délibérée, ce qui est précisément le contraire de l’oreille absolue. Personne n’a jamais démontré qu’un adulte avait acquis cette dénomination rapide, générale et sans référence, que les personnes dotées de ce trait possèdent depuis l’enfance.

La manière honnête de résumer les données, c’est de dire qu’elles sont faibles, non que le dossier soit clos. Les études sont petites, elles durent peu, elles ne définissent pas la réussite de la même façon d’une équipe à l’autre, et une poignée de résultats individuels sont réellement difficiles à écarter. La question n’est donc pas tranchée. Mais entre une question ouverte et une méthode qui fonctionne, il y a un gouffre, et le marketing a pris une large avance sur la science. Un cours qui vous promet l’oreille absolue vous vend une réponse assurée à une question sans réponse.

Ce qu’elle vous coûterait si vous l’aviez

Voici ce qu’on mentionne rarement : la plupart des musiciens professionnels n’ont pas l’oreille absolue, et un bon nombre de ceux qui l’ont s’en débarrasseraient volontiers. La musique ne se déplace pas en noms absolus. Elle se déplace en relations — cette note par rapport à la précédente, cet accord par rapport à la tonalité dans laquelle il se trouve. Quelqu’un qui relève un morceau à l’oreille ne nomme pas les hauteurs une par une. Il entend des distances.

Le trait s’accompagne aussi de frictions. Ceux qui le possèdent trouvent souvent inconfortable de lire une partie transposée, parce que le nom qu’ils entendent et le nom imprimé sur la page se contredisent et s’imposent tous les deux. Un ensemble accordé sur un diapason différent peut sonner franchement faux plutôt que simplement autrement. Et la référence interne a tendance à dériver vers l’aigu au fil d’une vie, si bien qu’une faculté exacte à vingt ans devient discrètement une erreur systématique à soixante. C’est un trait fascinant. Ce n’est pas un avantage compétitif.

L’aptitude qui mérite vraiment d’être travaillée

L’oreille relative : entendre à quelle distance se trouvent deux sons, dans quelle direction ils se sont déplacés, quelle couleur a un saut, quelle forme dessine un accord. C’est l’écoute que les musiciens utilisent réellement. Elle fonctionne sur n’importe quel instrument, dans n’importe quelle tonalité, et elle ne dépend d’aucune fenêtre refermée avant vos premiers souvenirs. Une oreille ordinaire peut y être entraînée à n’importe quel âge.

C’est aussi, presque certainement, ce que vous cherchiez en tapant votre recherche. Ce que les gens s’imaginent en pensant à l’oreille absolue — entendre une chanson et la retrouver sur son instrument, repérer un accord faux, harmoniser sans qu’on vous dise quoi chanter — c’est l’oreille relative qui fait le travail. L’oreille absolue est un tour de salon greffé sur cette compétence, pas la compétence elle-même.

Le ticket d’entrée est peu coûteux et le plafond est haut. De courtes séances quotidiennes battent largement de longues séances occasionnelles, et les progrès apparaissent à l’échelle de temps d’une compétence physique : des semaines, de façon inégale, avec certains intervalles acquis tôt et un ou deux qui refusent de rentrer pendant longtemps. Aucun chiffre ne serait honnête ici, et aucun n’est avancé.

Par où commencer

La leçon sur l’entraînement de l’oreille expose ce qu’est l’écoute relative, pourquoi les intervalles viennent avant les accords, à quoi sert l’astuce de la chanson repère et où elle cesse de fonctionner. L’exercice joue deux notes et vous demande quelle distance les sépare — ce qui est toute la compétence, sous sa forme la plus élémentaire.