Combien de temps faut-il pour apprendre la théorie musicale ?

Quelqu’un va vous annoncer six semaines. Quelqu’un d’autre dira un an, ou quatre-vingt-dix jours, ou un été. Aucun n’en sait rien, et ce site non plus. Ce refus constitue la partie utile de la réponse, alors il arrive en premier plutôt que d’être enterré sous un chiffre choisi pour vous retenir jusqu’au bout de la page.

Pourquoi il n’y a pas de chiffre

Deux raisons, et toutes les deux concernent la question, pas vous.

La première est que la théorie musicale n’a pas de ligne d’arrivée. Ce n’est pas une formation avec un diplôme au bout. C’est un vocabulaire pour décrire ce que fait la musique, et il ne s’arrête jamais : nommer les notes, puis les intervalles, puis les accords, puis les tonalités, puis la façon dont les accords se déplacent à l’intérieur d’une tonalité, puis la conduite des voix, puis les parties qui cessent d’être des règles pour devenir du style. Chaque niveau est réellement utilisable à lui seul. « Apprendre la théorie musicale » n’est pas une destination unique, donc personne ne peut chronométrer le voyage.

La seconde est que la durée dépend de choses que personne ne précise en posant la question. Est-ce que vous jouez déjà d’un instrument. Est-ce que vous lisez la musique. Est-ce que vous travaillez dix minutes par jour ou trois heures le dimanche. Est-ce que vous avez un instrument dans la pièce pendant que vous étudiez. Deux personnes fournissant le même effort dans des circonstances différentes arrivent à des mois d’écart, et n’importe quel chiffre unique serait faux pour presque tous ceux qui le liraient.

Ce qui suit décrit donc ce qui change, pas le temps que cela vous prendra. Comparez-le à votre propre rythme.

Les premières semaines

Quelques semaines suffisent pour ne plus être perdu. En ce laps de temps, la plupart des gens peuvent apprendre les douze notes et les demi-tons qui les séparent, les retrouver toutes sur un clavier, et comprendre ce que font réellement un dièse et un bémol. Vient avec cela l’idée d’intervalle — la distance entre deux notes, comptée en demi-tons — et la première récompense : un accord majeur et un accord mineur cessent d’être deux formes sans rapport pour devenir la même forme avec une note déplacée.

Le changement concret, c’est que la musique écrite et parlée cesse d’être opaque. Vous ne serez pas à l’aise. Mais vous saurez ce que les mots désignent, et c’est toute la différence entre lire une explication et rebondir dessus.

Les premiers mois

Les mois, c’est le moment où la théorie commence à vous faire gagner du temps au lieu de vous en coûter. Les accords deviennent des recettes que vous construisez à partir de n’importe quelle note de départ, au lieu de schémas à mémoriser. Les armures cessent d’être arbitraires — vous comprenez pourquoi une tonalité a un dièse et la suivante en a deux, et une page de musique vous dit dans quelle tonalité elle est avant même que vous jouiez une note. Vous commencez à repérer les mêmes quelques mouvements d’accords sous des chansons qui ne se ressemblent absolument pas.

C’est aussi là que la plupart de ceux qui abandonnent abandonnent. Les premiers progrès étaient rapides et visibles ; cette portion-là est plus lente, et la matière commence à renvoyer à elle-même. Rien ne va de travers. Les sujets qui s’accumulent donnent tous cette impression en leur milieu.

Les premières années

Les années, c’est le moment où cela devient de l’écoute plutôt que du savoir. Vous cessez de traduire et vous commencez à reconnaître : un changement d’accord arrive et vous savez lequel c’était, un morceau module et vous le sentez se produire, vous notez quelque chose et cela sonne comme vous l’attendiez. À ce stade, les gens sont souvent incapables de dire quand la bascule a eu lieu, parce qu’elle n’a jamais eu lieu un jour précis.

Rien dans cette échelle de temps n’est un avertissement. Ce que vous savez au bout de quelques semaines vaut déjà la peine d’être su, et continue de valoir la peine pendant que le reste s’assemble lentement derrière.

Ce qui change vraiment le rythme

Deux habitudes déplacent le curseur plus que le talent, et toutes les deux manquent de panache.

La fréquence bat la durée. Quinze minutes par jour pendant six jours font plus qu’une séance de quatre-vingt-dix minutes une fois par semaine, et l’écart n’est pas serré. Cette matière se construit par répétition étalée sur des jours, et les intervalles entre les séances font partie de la façon dont elle se dépose, ce n’est pas du temps perdu. Si vous ne pouvez changer qu’une seule chose, changez le nombre de jours.

Utilisez-la en jouant, pas seulement en lisant. Une théorie apprise uniquement sur le papier reste sur le papier. Nommez les accords d’un morceau que vous jouez déjà. Cherchez pourquoi celui qui vous a surpris était surprenant. Jouez une forme, dites ce que c’est, déplacez-la ailleurs et dites ce que c’est devenu. Les gens qui semblent avoir appris la théorie vite sont presque toujours ceux qui l’appliquaient la semaine même où ils l’avaient lue, sur un instrument, à voix haute.

Deux choses ralentissent les gens de façon fiable : essayer de tout mémoriser avant d’en utiliser la moindre parcelle, et sauter directement à la matière intéressante — les modes, les gammes exotiques, la réharmonisation — avant que les notes et les intervalles en dessous ne soient devenus automatiques. Les deux ressemblent à de l’ambition. Les deux coûtent des mois.

Par où commencer

La leçon sur les notes et les demi-tons est la première pierre : les douze notes, les pas qui les séparent, et comment les retrouver. La leçon sur le cycle des quintes est celle qui transforme un mur d’armures en un seul motif, et c’est le moment où beaucoup de gens racontent que la théorie a commencé à ressembler à une seule matière plutôt qu’à une liste.