Ce dont la musique est faite : mélodie, rythme et harmonie

Vous écoutez de la musique depuis toujours, ce qui veut dire que vous en savez déjà bien plus que vous ne le pensez — vous savez reconnaître une chanson triste d’une chanson joyeuse, taper dans les mains sans qu’on vous l’ait appris, et remarquer quand un chanteur entre en retard. Ce qui vous manque peut-être, ce sont des mots pour nommer ce que vous remarquez. Cette leçon vous en donne trois, et ce sont les trois piliers sur lesquels repose tout le reste de ce site.

Tout morceau de musique, dans n’importe quel style, fait trois choses en même temps : il déroule des notes qui se succèdent, il détermine quand chacune d’elles survient, et il détermine ce qui sonne ensemble. Ce sont la mélodie, le rythme et l’harmonie.

La mélodie : des notes qui se succèdent

Une mélodie est une suite de notes, entendues une à la fois, que l’oreille suit comme une seule ligne. C’est la partie qu’on fredonne, celle qu’on chanterait s’il n’y avait personne d’autre pour chanter avec nous — un air a une mélodie même sans aucun instrument derrière lui.

Deux choses font qu’une mélodie est ce qu’elle est : quelles notes, et dans quel ordre. Changez l’ordre, et vous obtenez un air différent à partir du même matériau — c’est pourquoi une mélodie n’est pas un sac de notes, mais un chemin qui les traverse.

Le rythme : quand elles surviennent, et pendant combien de temps

Le rythme, c’est tout ce qui concerne le temps. Prenez une mélodie, gardez chaque note exactement telle quelle, mais faites-en durer certaines plus longtemps et raccourcissez les autres, et vous obtenez un morceau de musique manifestement différent avec un jeu de notes identique. C’est dire à quel point l’identité d’un morceau se joue ici.

La musique écrite indique la durée par la forme même de la note : deux notes peuvent désigner la même hauteur et occuper la même place sur la partition, et l’une durera pourtant deux fois plus longtemps que l’autre, parce qu’elle est dessinée différemment. Le module de rythme est l’endroit où ces formes reçoivent leur nom.

Sous les durées, il y a généralement une pulsation régulière — celle sur laquelle on tape du pied, et que tout le monde dans une pièce peut retrouver sans même en discuter. Le rythme, c’est ce que font les notes par rapport à cette pulsation.

L’harmonie : ce qui sonne en même temps

L’harmonie est la dimension verticale : deux notes ou plus qui sonnent ensemble, et l’effet que produit cette combinaison. Un accord en est l’unité de base — trois notes ou plus jouées à la fois, traitées comme un seul objet portant un seul nom.

C’est ici que se décide l’essentiel de la couleur émotionnelle d’un morceau. La même mélodie, posée sur une suite d’accords, sonnera triomphante, et sur une autre, sonnera sombre — sans que rien n’ait changé dans la mélodie elle-même. C’est aussi la dimension la plus difficile à entendre au début, parce que votre oreille a passé des années à être formée par la musique populaire à suivre le chanteur, autrement dit la mélodie, et à prendre tout ce qu’il y a en dessous pour une simple ambiance.

Pourquoi il est utile de diviser la musique en trois

Parce qu’on peut alors travailler chaque chose séparément. Un rythme peut être tapé sur une table sans aucune hauteur de note, et c’est toujours un rythme. Un accord peut être tenu et écouté sans qu’il y ait le moindre rythme à proprement parler, et c’est toujours un accord. Aucun des deux n’est un vrai morceau de musique, et pourtant c’est ainsi qu’on apprend un vrai morceau de musique — cette division est d’abord un outil d’entraînement avant d’être une description.

Cette division n’est pas parfaitement nette, et prétendre le contraire vous préparerait à être perdu plus tard. Une mélodie qui dessine les contours d’un accord fait à la fois un travail mélodique et harmonique avec les mêmes notes ; un changement d’accord arrivant un temps trop tôt est une décision rythmique aux conséquences harmoniques. Les trois sont des dimensions d’une seule et même chose, non trois choses séparées empilées les unes sur les autres. Mais ce sont les bons axes pour la mesurer.

Où chacune est enseignée ici

Cette répartition est aussi celle de ce site, et la connaître vous permet donc de savoir où vous en êtes :

  • La mélodie est répartie sur trois modules, car une seule note a trois aspects différents qui méritent d’être travaillés. La lecture est l’endroit où les notes sur une partition reçoivent leur nom, votre instrument est l’endroit où chacune de ces notes prend place sous vos doigts, et la formation de l’oreille est l’endroit où vous nommez ce que vous entendez sans regarder.
  • Le rythme dispose de son propre module — les figures de note, les mesures, et le fait de garder le tempo en tapant en rythme.
  • L’harmonie, c’est le module des accords : comment un accord se construit, ce qui rend l’un lumineux et l’autre sombre, et ce que vous demande un symbole d’accord écrit sur une partition.

Et ce module-ci, théorie, se trouve sous les trois à la fois. Les noms de notes, les distances, les gammes et les tonalités sont la matière première dont sont taillées à la fois les mélodies et les accords, et c’est pourquoi c’est ici que commence le chemin.

Ce qu’il faut en retenir

Vous n’êtes pas censé faire quoi que ce soit de ces trois mots pour l’instant. Ce sont des étiquettes de classement : quand une leçon plus loin vous dira qu’un accord diminué sonne instable, vous devriez pouvoir situer cela comme un fait relevant de l’harmonie, et quand un exercice de rythme cessera de se soucier de la note que vous jouez, vous devriez savoir pourquoi.

La prochaine leçon remonte encore d’un cran et se demande ce qu’est physiquement une note — parce que « des notes qui se succèdent » n’est utile que si l’on sait d’abord de quoi une note est faite.