Chanter un intervalle : trouver une note qu'on n'a jamais entendue
L’exercice précédent jouait une note et te demandait de la chanter. Quoi qu’on en dise, c’est de la copie — la réponse était dans ton oreille au moment même où le son s’arrêtait.
Celui-ci joue une note et en demande une autre : une tierce au-dessus, ou une quarte, ou une quinte. Rien ne joue la réponse. Il faut la construire.
C’est là que tient tout l’exercice, et c’est là que le chant cesse d’être de l’imitation pour devenir de la musicalité. Le choriste qui lit sa partie, le guitariste qui trouve une harmonie, l’improvisateur qui entend la note suivante avant de la jouer ne font rien d’autre que ça.
D’abord, le microphone
Cet exercice a besoin de t’entendre, ton navigateur va donc demander une autorisation. C’est la seule chose sur ce site qui le fasse.
Ce qu’il advient du son : il est analysé dans ton navigateur pour déterminer quelle hauteur tu chantes. Il n’est jamais enregistré, jamais stocké, jamais envoyé nulle part. Ce qui sort de l’analyse, c’est un seul nombre — une fréquence — comparé à la note demandée puis aussitôt oublié. Le microphone est relâché dès que l’exercice se termine, et l’extinction de l’indicateur d’enregistrement de ton navigateur en est la preuve visible.
Si tu préfères t’abstenir, refuse. L’exercice joue quand même la note de référence et tu peux te contrôler à l’oreille ; rien n’est noté dans un cas comme dans l’autre.
Tu chantes deux notes, et c’est voulu
Chaque tour demande d’abord la note de référence, et seulement ensuite l’intervalle. Ce n’est pas un échauffement. C’est ce qui rend l’exercice possible tout court.
Tu as le droit de chanter dans ton propre octave — une basse ne peut pas atteindre l’octave d’une soprano, ni une soprano celle d’une basse, et un exercice qui exigerait une octave précise évaluerait l’étendue vocale au lieu de l’oreille. Mais cette liberté a une conséquence. Si l’exercice jugeait ta note unique par rapport à une cible fixe, il devrait ignorer les octaves pour l’autoriser ; et dès qu’on ignore les octaves, une quinte vers le haut et une quarte vers le bas tombent sur le même nom de note. Impossible de les distinguer, et la direction deviendrait impossible à travailler.
Chanter d’abord la référence déplace la mesure. L’intervalle est mesuré entre tes deux notes — à partir de là où tu as posé la première. L’octave reste donc libre, et monter de sept demi-tons reste différent de descendre de cinq. On te demande une distance dans une direction, et les deux moitiés sont vérifiées.
Il y a une seconde raison, et elle est pédagogique : on ne peut pas mesurer depuis un endroit où l’on ne se tient pas. Ceux qui bloquent sur le travail des intervalles sont presque toujours ceux qui essaient de sauter directement à la cible depuis une note qu’ils n’ont jamais réellement produite.
Comment s’y prendre concrètement
N’essaie pas de sauter. Presque personne ne peut bondir proprement sur une quinte à la demande, et c’est en essayant qu’on atterrit quelque part de flou avant de partir à la chasse à la note.
- Écoute la référence jusqu’au bout. Rejoue-la si nécessaire. Le bouton est là pour ça.
- Chante-la, et tiens-la. C’est la première chose que l’exercice demande, et c’est ton point d’ancrage.
- Monte jusqu’à la cible. Pour une quinte, chante la gamme — un, deux, trois, quatre, cinq — et arrête-toi. Pour une tierce, un, deux, trois.
- Maintenant chante uniquement la cible, et tiens-la.
L’étape trois donne l’impression de tricher, et n’en est pas. C’est ainsi que l’intervalle entre dans ta voix, et elle disparaît d’elle-même : d’abord tu cesses de chanter les degrés à voix haute, puis tu cesses d’en avoir besoin. La sauter trop tôt ne fait pas aller plus vite ; ça veut juste dire que tu devines.
S’ancrer sur des chansons
L’autre porte d’entrée, que la plupart des gens possèdent déjà sans le savoir : chaque intervalle est le début d’une chanson que tu connais.
- Quinte juste — Ah ! vous dirai-je, maman, les deux premières notes. Également le thème de Star Wars.
- Quarte juste — la Marche nuptiale de Wagner. Également Amazing Grace.
- Tierce majeure — When the Saints Go Marching In, les deux premières notes.
- Tierce mineure — Greensleeves, ou les deux notes d’une sonnette de porte.
Choisis plutôt des repères tirés de chansons que tu connais vraiment — celles que tu as en tête depuis l’enfance marchent bien mieux que celles d’une liste, parce que tu peux les chanter sans réfléchir. Le repère est une poignée de départ, pas la destination : tu cesseras d’en avoir besoin, comme tu as cessé de compter les lignes de la portée.
Ce qui compte comme réussite
Les deux mêmes conditions que la fois précédente, et les deux notes doivent les remplir.
Assez juste, c’est-à-dire à moins de cinquante cents. Un cent est un centième de demi-ton, donc cinquante en est exactement la moitié — le point au-delà duquel tu serais plus proche d’une autre note que de celle demandée.
Tenue, pendant environ une demi-seconde. Une voix qui glisse jusqu’à une note passe par la bonne en chemin, et créditer ça reviendrait à créditer un accident. Se poser sur une note et y rester, voilà la compétence.
Attends-toi à ce que ce soit nettement plus difficile que l’exercice de copie, et attends-toi à ce que la tierce et la quarte semblent plus difficiles que la quinte alors qu’elles sont plus petites. La quinte est l’intervalle le plus stable qui soit, et ton oreille en a entendu plus que tu ne peux en compter.
Erreurs courantes à éviter
- Deviner, puis corriger. Glisser en tous sens jusqu’à ce que la barre passe au vert entraîne la chasse, pas l’écoute. Décide de la note, chante-la, et vois — une note fausse chantée avec conviction t’apprend plus qu’une note juste trouvée à tâtons.
- Bâcler la première note. Il est tentant de traiter la référence comme une formalité pour arriver à la partie intéressante. C’est pourtant ce à partir de quoi tout le reste est mesuré : pose-la mal et un intervalle correctement chanté sera compté faux, parce qu’il était juste depuis le mauvais endroit.
- Accuser ton oreille alors que c’est ton étendue. Si la cible tombe systématiquement dans une zone inconfortable, change le réglage d’octave. Une note que ta voix ne peut pas atteindre ne révèle rien de ton oreille.
À toi de jouer
L’exercice ci-dessous joue une note, te demande de la chanter, puis annonce l’intervalle qu’il attend à partir de là.
Les premiers tours seront pires que tu ne l’imagines, y compris pour ceux qui ont trouvé l’exercice de copie facile. C’est précisément l’écart que cet exercice existe pour combler, et il se comble par la pratique plutôt que par la compréhension.
Quand les intervalles ascendants cesseront d’être un combat, construis les tiens — le générateur accepte n’importe quel ensemble d’intervalles, et il t’enverra aussi vers le bas, ce qui est une compétence réellement différente et celle où la plupart des gens sont les moins bons.